Wonderland

 

! Avertissement !

 

Je déconseille cette nouvelle pour ceux qui sont trop jeune (les moins de 16ans par exemple) car elle contient des scènes assez dûres.

L'histoire d'alice (nom en clin d'oeil au célébre Alice cooper) est née en 48heures pour un concours de nouvelles autour du thème du courage. Bien que retravaillée, je reste à l'affut de vos avis pour d'éventuelle(s) modification(s). Alors, n'hésitez pas à me donner votre ressenti (ou à attribuer une note grace aux étoiles) en bas de page, c'est toujours utile.

-Tout recopiage est interdit et sera sanctionné copyright Auramillia-

 

Wonderland

 

Elle marche, ses petits pas sur le parquet criant. Oui, je sais qu'elle va le rejoindre. Grincement. Chaque nuit depuis notre arrivée. Ne jugez pas ! Après tout, c'est vrai, il faut bien payer le loyer... Un autre grincement, la porte s'ouvre. J'imagine la scène. Timidement, la chemise de nuit glisse sur ses reins. Et il lui dévoile ses dents blanches.
Si je pouvais je le tuerais. Je ne le fais pas car je n'ai pas le courage.
Et c'est parti, un concerto de grincement. Au rythme des va-et-vient. Ce n'est pas un hasard si ma chambre est à côté. Il veut que j'écoute, que je sache. Lorsque je me lève, il dévoile à nouveau ses dents blanches l'air de dire « tu sais que ta maman a bien travaillé ? ». Oui. Je sais.
Ma mère espère que j'ignore tout ça. Espérer est une chose, mais l'espoir ne me rend pas dupe. Cet homme est terrifiant. La nuit, je le vois qui plonge dans les couvertures à mes cotés, et j'ai peur.
Un ultime grincement. Ce son... Je ferai tout pour ne jamais l'entendre, pour ne jamais l'avoir entendu. J'appuie, à en étouffer, un oreiller sur mon crane. Puis le retire à contrecœur, quand mes poumons agonisent.

Je manque d'oxygène, ici.
Silence. Le loyer est payé maintenant. C'est la dernière fois. Demain, demain, je trouverai le courage de partir.

L'air est glacé à cause de la fenêtre dont les éclats jonchent le sol. Le lit, unique vrai meuble de la pièce, est déformé, chaque matin mon dos me fait souffrir. Sauf aujourd'hui, c'est parce que je pars. L'espoir de partir m'a guérit. À présent, tout ira mieux. Si ma mère ne s'occupe plus de moi, elle s'en ira aussi, c'est sûr. Du moins, je veux y croire.
Hier, j'ai préparé mon sac. Des vêtements, du pain, des céréales et de l'eau pour tenir. Le temps de me trouver des amis dans la rue. Des types sympa. Et pourquoi pas un squat ? Ça tiendrait du rêve. De toute manière, rien n'est pire qu'ici.
Avant de partir, en ingrat, il faut que je dise merci. Deux à deux, les marches s'envolent sous mes pas. Dans la cuisine, ma mère semble s'atteler à la tache tel un esclave. Est-ce qu'elle se démène comme ça pour que j'échappe au fouet ? C'est ça l’instinct maternel ? Gâcher sa vie pour un enfant égoïste ? Son absence sera invivable, mais c'est un « au revoir ».
Elle déambule comme un fantôme, dans sa chemise de nuit blanche, le regard tendre et résigné.
Maman, quand as-tu cessé de te battre ? Lorsque j'étais petit tu étais mon héroïne. Toi et tes bras ouverts où je m'étais fait un nid. Papa te manques ? À moi oui. Chaque jour davantage. J'aurais aimé être un bon fils, mais je n'ai pas le courage.
Je n'arrive pas à lui tenir tête. Je me cache, c'est tout. Enfin, je me cachais. Aujourd'hui, je fuis.
-Bonjour ma merveille. Bien dormi ?
-Salut maman.
Mon ton me trahit. Tout de suite, elle se retourne et pose les yeux sur le sac. Télépathe.

-Tu sais que je dois le faire, dis-je.
-Dès que tu auras fini tes études on partira. Je te le promets.
A ces mots, ses bras se referment sur mon corps. Son visage lilial est entouré de quelques mèches claires... Foncées, après un rapide contact avec ses joues humides. On se reverra. Je remonte du creux de son cou à l'oreille.
-Promets-moi que tu ne vas pas rester, maman.
Claquement de porte. Il est réveillé et tout le monde doit le savoir. Je l'entends descendre les escaliers pendant qu'on échange des regards inquiets dans la cuisine. Grincement.
-Je peux savoir ce qui se passe ? Ton gosse m'a réveillé avec sa voix de pucelle.
Ce dernier mot est accentué, encore un de ces messages destiné à me rappeler que ma maman est son jouet ? Il voit le sac. Ses sourcils se froncent en un rictus de rage.
-Tu crois aller où toi ? Regarde ta gueule d'ange, j'ai déjà des clients qui m'ont parlé de toi. Tu me rapporteras gros.
-David, je te l'interdit ! Jamais, tu ne posera la main sur Alice, c'est mon fils.
Quelques instants, elle pose un regard sur moi. Apeurée. N'aie pas peur maman, c'est décidé, il ne me retiendra pas.
-Toi, ferme-la !
Silence. Ces yeux sont rouge sang. Il faut que l'on parte, ce n'est pas bon. Maman ne l'a jamais contrarié. J'ai peur. Qu'est-ce qu'il va nous faire ? Qu'est-ce qu'il va m'arriver ? Ma main attrape le bras maigre. On essaye de sortir, mais il nous barre la route. Je ne sais pas où on peut aller, toutes les portes sont fermées. Il avance, tandis qu'on se replie dans l'angle de la pièce. Ma mère me pousse en arrière pour lui faire face.
Il attrape un vase et l'abat sur sa tête. Je dois l'aider. Il frappe encore et encore. Mes pieds restent collés au sol. Mon regard fixe sur eux. Je devrais l'aider. Le rythme accélère, du sang se répand sur le parquet. J'ordonne à mes jambes de bouger, mais elles refusent.
Maman. J'aurais du l'aider. C'est trop tard.

Il me tire par les cheveux jusqu'au premier. La porte claque, je me rue dessus les jambes tremblantes. Fermée.
-T'es tout seul maintenant gamin !
Je sens les larmes glissées sur mes joues. Il l'a tué. Tout a été trop vite. On survit pas à ça. Et moi, qui n'aie rien fait. Le courage m'a t-il vraiment abandonné ou bien en ai-je jamais eu ?
Si j'avais été plus fort, je serai parti. Sans un mot, dans la nuit. Par ma faute, c'est un adieu.
Je le tuerais un jour.

Quand la porte s'ouvre, elle laisse entrer une assiette au contenu vert sombre. De l'air chaud et puant s'en dégage. Je ne sais pas ce que cela contient, mais au point où j'en suis... Je mange à contrecœur, réprimant à deux fois un réflexe vomitif. Rien ne saurait égaler la souffrance que je ressens, mais lui, il sait l'amplifier.
-Demain tu auras un nouveau papa, il va bien s’occuper de toi tu verras. 
J'imagine qu'il montre ses dents blanches à la porte lorsqu'il la referme à clé. Mes yeux me font souffrir, ma vision est trouble. Trop de larmes ont été versées par ma faute.
Comment tout a-t-il pu changer à ce point ?
Il y a quelques heures, maman était là. J'ai l'impression qu'hier encore j'avais un père... Pourtant, je suis seul. Seul, avec ce froid constant. Une forme brillante apparaît devant mon regard humide. Je pose la main dessus, c'est glacé, lisse et d'une jolie taille. Un éclat de la fenêtre.
Demain, demain seulement.

Il est neuf heures lorsque le parquet grince. Ils sont deux dont le client qui n'est pas discret. Je fais tourner l'éclat dans ma main droite. Meurtre ou suicide ?
Tout repose sur mon courage.
La porte s'ouvre. Je sens le verre dans ma peau à force de serrer le poing. L'adrénaline se repend dans toutes les fibres de mon corps.
-Viens ! Regarde la merveille ! Et tu verras que mon prix est un prix d'ami.
-J'sais pas trop moi. Ça sent l'embrouille.
-Tu plaisante ou quoi ? Regarde-le ! Muet comme une tombe, ou la tombe où il sera si tu ne le prends pas. Je vais pas le loger gratis le môme !
-Ok, ça va je te le prends !
Il se met devant moi et examine mon visage. Il le prend entre ses mains graisseuses et pénètre un regard curieux dans le mien.
C'est le moment idéal.
Je pourrais enfoncer l'éclat dans sa gorge. J'hésite. Mes mains tremblent comme mes jambes hier. J'ai la sensation d'entendre le vase abattre. Encore et encore. Puis un son différent se repend dans ma tête, le mien. Ou celui de l'éclat qui tombe sur le parquet criant.
Troisième option. Je vais le suivre, je vais vivre une vie de chien, mais je vivrai. Et un jour peut-être...

Pardon maman, d'être né lâche, mais je te le jure, je trouverai le courage.
Avant de partir, David m'a mis autour du coup un collier étrange. Un pendentif avec écrit « live your dream » sur du métal, maintenu par une sorte de cordon noir. Pour la dernière fois, il a montré ses dents blanches. Carnivore.
David m'a mis ce collier, mais j'ai moi-même attaché la laisse.
Je m'appelle Alice, j'ai quinze ans. Et j'ai été vendu.

 

 

Envie d'écriture du côté Auramillia

Pour inaugurer la réanimation de ce site si longtemps délaissé, j'organise un "appel à inspiration".
Si vous avez une minute à m'accorder lisez bien:
Je recherche des thèmes sur lesquels écrire des nouvelles d'environ deux pages (sur le modèle de Wonderland avec "le courage")
C'est pourquoi, je demande à ceux que ça interesse de me contacter via la rubrique adéquate et me laisser un message avec le prénom et le thème proposé (ainsi qu'un moyen de contact si possible). Si votre thème m'inspire, il y aura prochainement un texte sur ce sujet dans la rubrique "Nouvelles" et vous en serez informé en premier.

Merci à tous ceux qui participeront,

Auramillia

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